le goût du bouchon

Je suis hantée par les connaissances qui me manquent. On pourrait croire qu’il suffit d’ouvrir un livre et c’est fait. Mais il n’en est pas ainsi. Certains sujets sont opaques et impénétrables comme des cavernes sans portes. Je tourne et tourne et chaque porte semble scellée. C’est le cas de la politique suisse, du jazz…

l’émerveillement de l’accueil

A Raymonde et Giovanni qui me font l’honneur d’habiter chez moi le coeur ouvert et donné.  L’expression « laver son linge sale en public » a bien des implications qui se déplient dans ma vie de manière souvent cocasse. Elle implique l’intimité dévoilée et le voile de la pudeur soulevé. Il y a, en effet, un espace…

Quand les moines se font jardiniers

Tout a commencé par un jardin. Il était touffu et dense, fertile et immense. Il contenait tout type de fruits et légumes, dans le désordre foisonnant de vie et d’espèces animales. C’est ainsi que nous imaginons le jardin d’Eden, et c’est ainsi, probablement, que notre Créateur l’a voulu. Mais il y manquait un principe d’ordre…

les lumières de l’attente

Les duvets se confondent avec sa tête ébouriffée. L’œil est étonnamment vif pour l’heure et le jour; «c’est mon tour!», crie-t-elle en se dressant sur son séant. «Le tour de quoi?», demandé-je étonnée. «C’est moi qui ouvre la première case du calendrier!» Le froid du sol ne l’arrêtant pas, la voilà partie comme un épouvantail…

J’ai dansé sur les tombes

Le ciel semble avoir compris la nécessité d’être bassement plombé. A droite et à gauche, mes enfants étonnamment sages tiennent mes mains et suivent le corbillard avec moi. Tout est si solennel: les hommes vêtus d’anthracite, le brillant de la voiture, la musique de Wagner et la lenteur du cortège. Le premier enterrement de ma…

le goût des westerns

Le soleil éblouit le cow-boy qui cligne des yeux. Il descend de cheval et entre dans le saloon. Avançant vers le bar, ses bottes chantent sur le plancher. Il lui suffit d’un signe pour que le barman lui sorte un verre et le remplisse d’un liquide transparent, toujours le même. Au pays des cowboys il…

la journée du cacaotier

Je me réveille dans la pénombre. Le toit de palme craque sous le souffle du vent d’automne. Ma femme a déjà soulevé la moustiquaire et prépare à l’extérieur les tamales (pains de maïs et de viande) que je prendrai avec moi. Je passe par l’unique autre pièce de mon logement, consacrée à la prière :…

la nature de l’homme

La première fois qu’il m’a fait à manger, il a cuisiné les côtelettes thung po du livre Betty Bossi sur la cuisine asiatique. Il voulait me montrer qu’il était un homme d’intérieur et que je pouvais construire mon ménage sur ses larges épaules de Monsieur Propre. Dix-sept ans plus tard, alors que nous renversons les…

la spéculation de la tulipe

Sur la tige creuse de fragiles fibres froides, la tête semble avoir été artificiellement posée. Les pétales, comme de fines membranes, se chevauchent à peine. La tulipe nait d’un oignon qui la contient et d’où elle se déplie et se multiplie par peaux successives qui s’écartent avec puissance subtile. 340 jours de silence terrestre pour…

Nadine et moi

cet article est pour toi qui me regardais de l’autre côté de la table, toujours si droite et si parfaite, tu gagnes encore tous les smarties. Elle me regardait et soulevait un sourcil avec désaccord. Un seul regard suffisait et je savais que je m’étais mal comportée. Pour imprimer les bonnes manières dans ma tête…