les lumières de l’attente

Les duvets se confondent avec sa tête ébouriffée. L’œil est étonnamment vif pour l’heure et le jour; «c’est mon tour!», crie-t-elle en se dressant sur son séant. «Le tour de quoi?», demandé-je étonnée. «C’est moi qui ouvre la première case du calendrier!» Le froid du sol ne l’arrêtant pas, la voilà partie comme un épouvantail à travers la maison pour réveiller tout le monde.

L’ouverture de la première case est en effet un événement en soi. Pour rendre la vie difficile, l’Avent semble avoir deux dates de début: celle du 1er jour du calendrier et la mystérieuse date que les adultes calculent, perplexes, en marche arrière depuis Noël. On me dit qu’avant il était possible, en regardant dehors, de savoir que la période de l’attente était arrivée. Les lumignons étaient sortis et les gens traînaient leur sapin dans la rue. C’est désormais impossible, l’illumination généralisée des rues créant la panique chez de nombreuses personnes: «C’est déjà l’Avent?», «Mais non, nous sommes mi-novembre!». J’entends les gens marmonner que tout ceci n’est que pour «plus de commerce». Il est en effet difficile d’éviter la folie du temps toujours plus long, des lumières toujours plus nombreuses, des étoiles clignotantes et fluorescentes des jardins qui éclairent la nuit comme en plein jour. Je le garde pour moi, mais j’adore cet excès. De l’intérieur des maisons aux rues des villes du monde entier, le peuple s’est mis à la déco et, ce faisant, il se met en marche. Les traditions se rencontrent et se discutent alors que l’on se rend visite. Certains décorent leurs portes de couronnes, d’autres illuminent leur balcon de lumières qui me rappellent les boîtes de nuit des années 80. Si certains sont sobres et très «cathos» (une crèche c’est tout), j’aime la guirlande en faux sapin recouverte de boules et de nœuds qui descend le long de mon escalier sur 40 mètres. Mon mari secoue la tête, trouvant tout ceci «très peu suisse». C’est une question de tradition et de culture. Mes enfants savent que chez nous les boules se chevauchent et les nœuds s’accrochent avec des fils dorés en aluminium. Ils discutent de l’alternance des couleurs et travaillent tous ensemble sans se taper. Enfin, la tribu des parents parfaits prépare d’hallucinants calendriers remplis de cadeaux «pas chers» (me rassure-t-on). Car on aime se rassurer: l’excès (et le mauvais goût) sont pour les autres – je tairai notre calendrier Mn’Ms en carton qui ne fait que distribuer des pralinés.

On dit que Noël est devenu une fête commerciale. Mais l’air frémit d’un émerveillement qui ne peut pas s’acheter. Peut-on reconnaître que des Emirats arabes unis au pôle Nord et du Mozambique à la place Saint-Pierre, on décore un sapin et suspend des guirlandes? Tous ensemble, distraitement, confusément, et très peu raisonnablement, on attend et on se réjouit.

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