la terre de Rome

Le geste est devenu mythique: Maximus le héros s’accroupit dans l’arène romaine et prend la terre dans ses grandes mains nues. Il la hume avec profondeur, puis la frotte entre ses paumes pour la voir s’écouler. C’est ainsi que, dans le film Gladiator (Ridley Scott, 2000), le général devenu esclave commence ses combats. Maximus connaît…

la taille n’est pas poétique

Quand je vois les jardiniers de la ville s’affairer dans les hauteurs et transformer les platanes des boulevards en humanoïdes à moignons, je sais que le moment que je redoute est arrivé. Dans la grande danse de la fin de l’hiver, le peuple des jardiniers, mû par un désir unique, a sorti échelles et sécateurs:…

le labyrinthe de la vie

Le mythe grec parle d’un roi arrogant, sûr de son rapport avec les dieux. Pour le rendre humble, Poséidon donne à sa femme, la reine, de tomber amoureuse d’un taureau. De ces amours adultères naît le Minotaure, terrible monstre carnivore. L’homme contemporain aurait mis derrière lui cette errance personnelle et matrimoniale, le roi antique n’en…

Dans le parc de Barberêche

moutonnement de buis Les murs qui me séparent des grandes propriétés sont des rideaux vers le paradis. Mes déambulations m’amènent parfois au-dessous de ces enceintes et j’imagine ce qui se cache derrière les portails monumentaux. Souvent, j’attends que les voitures tournent l’angle et je trouve une brèche pour jeter un coup d’œil. J’aime imaginer qui…

Edward taille des haies

scène du film Edward aux mains d’argent (Tim Burton) Edward a des mains d’argent, des cisailles pour être précis. Dans ce film éponyme de Tim Burton, le personnage principal est un humanoïde à moitié terminé sur lequel on a greffé toutes sortes de ciseaux. Accueilli par une famille dans un quartier rangé et bourgeois, il…

La taille d’autrefois

L’étalage des livres soldés s’ouvre devant moi, brillant des mille couleurs de couvertures lisses et inégales. Je passe ma main de pavé en pavé, glissant mes doigts sous les lourdes couvertures aux images prometteuses. La section des livres «maison et jardin» a le goût d’un monde rangé et parfait que j’aurais le pouvoir de changer….

Le portable de Bougainville

  Le comte Antoine Louis de Bougainville (1729-1811) était un homme accompli. Il n’avait que 25 ans quand son père décéda, interrompant ses brillantes études de droit. De nombreux chemins s’offraient à lui ; après tout il avait déjà publié un traité important sur le calcul intégral. Il s’engagea pourtant dans l’armée, partit à la découverte…

La beauté éphémère des bouquets

Avec un plaisir indescriptible je pose mes pieds sur le linoleum verdâtre et froid du couloir de la maternité. Ce sont mes premiers pas depuis la naissance de mon bébé. J’avance lentement et les pieds nus me font sentir profondément vivante. Le spectacle du couloir me prend par surprise. Des machines aux tuyaux fantastiques et…

Le compost du Dr Faust

Dans le Faust de Goethe, le personnage principal vend son âme au diable en échange de la sagesse et de la connaissance. Le succès est au rendez-vous, dépassant toutes les attentes du héros. Le pacte se dévoile alors dans toute son horreur, car d’une grande jouissance naît une grande soif qui ne se calme jamais. Ce drame, je le retrouve au potager avec…

Le couteau de ma grand-mère

Un mystère régnait sur le couteau dans le sac à main de ma grandmère. Peu bavarde, elle marmonnait dans son dialecte tessinois en l’extirpant à de nombreuses occasions. Je la voyais se pencher sur les plantes des jardins publics et en tailler des bouts. Mon esprit d’enfant sentait qu’il y avait là un peu de…

Vers mes amours

  J’avais 17 ans lorsque ma mère, en ouvrant mon armoire, trouva le bac qui allait accueillir le serpent des blés que j’avais acheté en cachette. Horrifiée de la possibilité d’une cohabitation, elle me dit nettement: «C’est le serpent ou moi». Par cette injonction, elle mit un terme ma carrière d’éleveuse de serpents et un…

L’art du fond noir

Le rose des fleurs de pommier se détache clairement du tronc foncé par l’humidité hivernale, les péta- les des tulipes marquent le vert fluo de l’herbe, le violet des plantes à cascade tache les murs. Autant de points colorés qui attirent mon regard. L’été viendra dans son fouillis de vert, puis l’automne dans ses camaïeux…