Edward taille des haies

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scène du film Edward aux mains d’argent (Tim Burton)

Edward a des mains d’argent, des cisailles pour être précis. Dans ce film éponyme de Tim Burton, le personnage principal est un humanoïde à moitié terminé sur lequel on a greffé toutes sortes de ciseaux. Accueilli par une famille dans un quartier rangé et bourgeois, il en change la vie en taillant les haies de manière créative. Les voisins dépassent alors leur répulsion en considérant le génie de son travail. Il faut en effet une maîtrise artistique majeure pour dominer l’art topiaire. L’art topiaire est l’art de tailler les arbustes afin de leur donner une forme précise, géométrique ou libre. Ce savoir- faire s’applique aux plantes sempervirens (toujours vertes comme le buis ou l’if). Les châteaux de France sont souvent décorés d’allées, boules et cônes en tous genres; le parc du château de Barbirey (Bourgogne), où je suis en vacances, ne fait pas exception. Le vieux cow-boy sage qui s’en occupe me montre le coffre de sa camionnette et j’y retrouve les nombreuses cisailles nécessaires à la sculpture du vivant. «Aucune machine à moteur!», me dit le jardinier. Chaque sculpture doit être corrigée, dirigée à l’aide de bâtons année après année. Le buis pousse en effet très lentement. Ma main s’enfonce et rebondit avec douceur dans le frais vert de l’allée compacte. Les sculptures sont denses du travail des années. Cet art est fascinant, car il faut connaître la perspective comme Léonard de Vinci, maîtriser les formes comme Alexander Calder, sculpter comme Auguste Rodin et dominer la botanique comme Pyrame de Candolle. Il n’y a pas de place pour ce qui est aléatoire, spontané. Dans l’oeil qui regarde un topiaire, chaque écart semble une distorsion, chaque feuille qui dépasse une erreur. Comment tailler de près une forme que l’on regarde de loin? Comment créer la perfection structurée quand la nature désire la liberté? Le cow-boy aux cheveux gris sort une cisaille immense, l’outil prolonge ses bras et il est ainsi à plus d’un mètre de chaque statue. A la maison je regarde mes boules de buis. Pour augmenter leur densité, je dois les tailler jusqu’à trois fois par an (mai, juillet et septembre). Je taillerai avec des cisailles pour buis et serai patiente, car le buis est clément, il me laissera me tromper de nombreuses fois. Aidée par des bâtons et des fils, j’équilibrerai les deux boules afin que progressivement elles se ressembedward-Scissorhands-3lent. Enfin je musclerai mes bras, car l’outil sera vite lourd. Il avait de sacrés bras, mon Lucky Luke!

Pourquoi donc le réalisateur d’Edward aux mains d’argent a-t-il fait de son héros un artiste aussi accompli? Peut-on imaginer qu’Edward taille des haies et des arbres pour créer la perfection, absente de sa nature de pantin à moitié aboutie?

 

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détail de la fameuse serpentine du Château de Barbirey, sur le point d’être taillée. Elle est l’exemple le plus important du travail « libre » d’un tailleur de haie. 

 

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽMagazine

 

 

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