Dans le parc de Barberêche

img_8014moutonnement de buis

Les murs qui me séparent des grandes propriétés sont des rideaux vers le paradis. Mes déambulations m’amènent parfois au-dessous de ces enceintes et j’imagine ce qui se cache derrière les portails monumentaux. Souvent, j’attends que les voitures tournent l’angle et je trouve une brèche pour jeter un coup d’œil. J’aime imaginer qui y vit et dérouler mes yeux dans les sentiers soignées des jardins d’éden, conçus pour n’être vus que leurs propriétaires. Samedi pourtant, un homme élégant m’a ouvert la porte du parc qu’il appelle « chez moi ».

J’avais en effet été invitée par l’association Patrimoine Suisse- Fribourg à la découverte du jardin du domaine de la Fruiterie de Barberèche. Une visite dont le thème pouvait être résumé à « comment le jardin peut-il mettre en valeur une maison, épouser les besoins du jardin contemporain mais être fidèle à la tradition des jardins anciens ? » Je me suis faite toute petite au milieu des spécialises qui écoutaient le maître de maison, architecte de son métier, décrire son projet. Je découvris ainsi un grand nom du paysagisme mondial : le paysagiste Jacques Wirtz, belge, qui avait dessiné les plans de ce jardin magnifique.

J’écoutais les connaisseurs parler mais mes yeux s’étaient enfuis vers les lignes droites et les courbes, les collines et les arbres imaginés par ce génie. J’ôtai mes chaussures et marchai sur l’herbe tantôt haute, tantôt rase, mais toujours moite, à la rencontre de la théorie devenue pratique. Je me laissai envahir par cet océan de vert ; mon hôte semblait avoir dit aux pissenlits d’aller s’implanter ailleurs. Un verger de pommes anciennes descendait sur ma gauche et rencontrait de manière naturelle une large fontaine circulaire. Plus loin une grande allée de tilleuls rejoignait le rideau naturel de la foret et ses lianes de bois mort. Des sculptures contemporaines ajoutaient d’étonnantes formes à la composition tant immensément rigide que fondamentalement en mouvement. Mon chemin m’emmena enfin vers des moutonnements de buis (quand l’alignement de buis est composé de boules collées pour donner l’illusion de moutons ou nuages), spécialités de Jacques Wirtz. L’espace immense semblait souvent taillé, et parfois laissé à lui-même, royal et formel, mais aussi humble et naturel. Enfin un jardin de roses se découvrait dans un petit cirque de buis, comme une tache de couleur permise uniquement aux détenteurs d’une clé secrète.

Le portail refermé derrière moi, j’avais des rêves plein la tête. Les murs de la propriété ont soudain disparu pour ne laisser place qu’à l’immense jardin du monde. Il est lui aussi fait de lignes, de courbes, de constructions et de liberté. C’est là que les grands paysagistes s’inspirent. Si seulement je pouvais toujours le regarder comme ça !

En cette année des jardins, bien des propriétés privées sont à découvrir. Plus d’infos sur www.anneedujardin2016.ch

 

img_8015l’allée de tilleuls en contrebas de la propriété, comme un lien entre la foret et la maison

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