Une femme qui change les pneus

A l’infini les cailloux « cailloutaient » de poussiéreuse monotonie grise. Comme une petite fourmi, notre bus traversait le désert du Kalahari vers un but invisible. De l’arrière, occupée par mon adolescence, j’ai entendu le bruit de la crevaison du pneu. Je me souviens de ma mère, de son regard perplexe, de sa petite robe lilas, et…

les oursins des forêts

L’été semble ne jamais devoir prendre fin. Comme un éternel soleil tiède au beau milieu des feuilles vaguement orangées, mon corps est avide de froid, d’écharpes et de balades brumeuses. J’attends l’automne chaque année et quand une goutte pend à mon nez et que le ciel disparaît sous une couche de stratus, je me demande…

le goût du piquant

Revenir de vacances c’est être entre deux mondes: celui du retour au réel, abrupt, et celui du souvenir, mélancolique. Comme une montgolfière qui ne veut pas se poser, j’arpente les couloirs de la Migros à la recherche des goûts de mon altitude estivale. J’étais au Mexique et ses saveurs me manquent. Il existe bien un…

le goût des westerns

Le soleil éblouit le cow-boy qui cligne des yeux. Il descend de cheval et entre dans le saloon. Avançant vers le bar, ses bottes chantent sur le plancher. Il lui suffit d’un signe pour que le barman lui sorte un verre et le remplisse d’un liquide transparent, toujours le même. Au pays des cowboys il…

la journée du cacaotier

Je me réveille dans la pénombre. Le toit de palme craque sous le souffle du vent d’automne. Ma femme a déjà soulevé la moustiquaire et prépare à l’extérieur les tamales (pains de maïs et de viande) que je prendrai avec moi. Je passe par l’unique autre pièce de mon logement, consacrée à la prière :…

le catho en vacances

Le catholique pris dans le flot des peuples en vacances a une préoccupation de plus que les autres. Les queues, l’essence, les billets d’avion annulés, la météo, les intoxications alimentaires, les visas, tout ceci n’est rien à côté de la dramatique question «où vais-je aller à la messe?». Ce souci est amplifié par les langues…

L’amour de l’amer

Dans sa robe fraîche du matin, ma mère coupait le pamplemousse en deux. Le jus coulait sur la table d’où je regardais le rituel quotidien: elle amenait le déjeuner à ma grand-mère au lit. Elle tournait avec adresse le couteau sur le pourtour de la matière rose. Puis elle pénétrait le long des quartiers et…

leçon de climatologie

Sur l’escalier, dans le tumulte d’un tarmac, l’odeur du vent me bouscule:  odeur de poussière, odeur de  fleurs écoeurées de soleil écrasées sur  le goudron. J’ouvre la bouche pour  effacer l’asphyxie de l’avion et l’humidité  des palmiers arrive jusqu’à moi.  La mémoire de l’Afrique revient, car le climat semble le même. Je suis pourtant  à…

wobly gelatine

Bobby Leach (1856-1926) n’avait peur de rien. Devenu célèbre pour avoir, le premier, descendu les chutes du Niagara dans un tonneau, il entreprit par la suite bien d’autres aventures tout aussi loufoques, mais tout aussi réussies. Puis il passa la moitié de sa vie à courir les foires du Canada pour y raconter ses aventures….

la cabane de notre enfance

Quand mes enfants font des jeux  de rôle, ils passent des heures  à décider de leur personnage. «On dit que je suis une dame très riche et  toi mon enfant orphelin?», «on dit  qu’on est frère et soeur et qu’on habite seuls sur une île?». Jouer importe peu, tout est dans la construction des protagonistes …

la nature de l’homme

La première fois qu’il m’a fait à manger, il a cuisiné les côtelettes thung po du livre Betty Bossi sur la cuisine asiatique. Il voulait me montrer qu’il était un homme d’intérieur et que je pouvais construire mon ménage sur ses larges épaules de Monsieur Propre. Dix-sept ans plus tard, alors que nous renversons les…

la spéculation de la tulipe

Sur la tige creuse de fragiles fibres froides, la tête semble avoir été artificiellement posée. Les pétales, comme de fines membranes, se chevauchent à peine. La tulipe nait d’un oignon qui la contient et d’où elle se déplie et se multiplie par peaux successives qui s’écartent avec puissance subtile. 340 jours de silence terrestre pour…