trop trop de pommes

Quel été, mais quel été ! Il a d’abord fait chaud puis trop froid, il a gelé sur les fleurs, puis il y a eu de la grêle, de la canicule, du manque d’eau.  J’aime regarder les jardiniers faire comme ma vieille tante c’est à dire secouer la tête en répétant que le climat n’est plus celui d’avant. C’est d’autant plus incompréhensible que mon voisin regarde par-dessus ma haie me répétant sans cesse que c’est une année « à fruits ». Je ne comprends rien à cette nature que je croyais mal en point.

Je sais pourtant reconnaitre le gâchis qui jonche le sol de mon verger. Les pommes se sont multipliées et pourrissent dans l’herbe désormais impossible à tondre. Les années « à fruits » sont les années où les arbres sont plus fertiles. Le pommier dont j’ai hérité ne fait pas exception. Je sais un peu le tailler, je ne l’ai jamais traité et, ainsi, même les années maigres, les pommes tombent alors qu’elles ne sont pas mangeables ou alors elles pourrissent sur les branches. Il est pourtant possible de faire autre chose que d’envoyer mes enfants sous le pommier avec leurs bacs de LEGOS vidés pour tout ramasser et tout mettre au compost. Ce geste en effet aurait pour conséquence de déséquilibrer le compost et le rendre trop gluant. D’année en année je me promet de veiller au grain et de trier tous ces fruits. C’est une activité solitaire car les enfants s’enfuient devant la pourriture et les vers. Il y a bien des choses à faire avec des pommes qui ne sont pas directement mangeables. Si on ose les ramasser, même tachées et un peu moisies, un horizon s’offre à nous alors que l’on quitte les bords culinaires connus de la compote et de la tarte aux pommes. Avec les peaux on peut faire des chips, il suffit de peler les peaux en zigzaguant entre taches et parties abimées, de les recouvrir de sucre et cannelle (ce qui cache les taches que les enfants n’aiment pas) et enfin de le mettre au four durant quelques heures. J’aime particulièrement, quant à moi, la gelée de trognons de pommes. Je peux faire bouillir dans de l’eau ces cœurs de pommes, y ajouter du sucre, tout faire filtrer et le tour est joué. Le jus de pomme est la solution miracle. Si l’on ne connait pas de pressoir à portée de domicile, les solutions regorgent sur internet. Certains ont transformé un lave-linge en broyeur et presseur, d’autres utilisent un vieux broyeur à branchages puis une presse domestique. Après l’extraction du jus, tous disent que la purée qui reste sera transformée en gelée ou en vinaigre.

Il ne reste ainsi rien des pommes que l’homme reçoit et transforme. J’ai chaque année la tentation de les laisser sur le sol, devenir terre de la terre et nourriture pour les vers. Elles m’ont pourtant été données par la création pour que je fasse fructifier ce don. Dans mon geste réside toute la différence.

article publié dans l’Echo Magazine

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