La prairie de Laura Ingalls

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J’avais 8 ans et mes parents me lisaient « la petite maison dans la praire » tous les soirs. Je rêvais d’être comme Laura Ingalls, héroïne de la conquête de l’Ouest Américain, à la découverte des grandes plaines, vivant dans des maisons en rondins au bord de ruisseaux sauvages. La prairie était son unique lieu de jeu (mis à part l’occasionnelle rencontre avec les indiens), et elle semblait ne jamais s’ennuyer. La prairie fleurie est ainsi le décor d’une des histoires pour enfants les plus lues et aimées, depuis sa première publication en 1932. Il est possible aujourd’hui de la découvrir dans un parcours didactique de grande qualité au centre Pro Natura de Champ-Pittet.

Si l’on n’aborde à Champ-Pittet que la réalité suisse, la problématique exposée n’en est pas moins universelle. Les prairies étaient, il y a 100 ans, remplies de fleurs de toute nature et de toute taille. Un fond vert-gris à taches bigarrées était le signe d’une terre fertile et habitée de nombreux animaux. L’intensification du travail agricole et l’urbanisme à outrance ont ainsi porté à la disparition de 90% des prairies fleuries depuis 1950. Nos champs sont désormais universellement verts (donc très pauvres) ou jaunes de pissenlits (ce qui est déjà mauvais signe). L’exposition dévoile les trois types de champs, à travers des jeux ludiques, des parfums à découvrir, des identités d’animaux à déceler. On plonge progressivement dans les entrailles des différents types de champs pour en comprendre l’organisation et les manques. Une statue en papier mâché, au centre de la pièce, permet de voir ce que Laura Ingalls savait avant nous ; en foulant la prairie fleurie on pénètre un royaume de couches successives de vie où cohabitent mulots, papillons, oiseaux, vers de terre et petits insectes pollinisateurs. Comme tout cycle, l’absence des animaux accroisse l’absence de biodiversité, et cela aura des incidences importantes sur notre mode de vie à long terme.

Devant ce constat qui fait écho à ce que je vois de mon propre jardin, différentes stratégies nous sont proposées. Pourquoi ne pas abdiquer une partie de notre gazon, tapis structuré et monochrome à la poésie colorée et chaotique d’une prairie fleurie ? Des brochures disponibles sur place proposent les modes d’emploi de cette conversion du regard et de la technique. Nous n’avons pas besoin d’être les pionniers du grand Ouest pour devenir des aventuriers de la prairie. Il suffit de posséder, comme Laura Ingalls avant nous, l’amour simultané de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Nous serons alors pionniers d’une nouvelle mais ancienne nature.

Exposition temporaire de la saison 2015 au centre ProNatura à Yverdon. Plus d’infos sur http://www.pronatura-champ-pittet.ch/ . Le livre « La petite maison dans la prairie » est disponible aux éditions Flammarion.

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽMagazine

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