Le charbon du bois

Mon imaginaire associe le charbon à la descente humaine dans la terre, aux conditions de travail terribles et à la frénésie industrielle du XIXème siècle. Je vois des hommes, agars comme dans Germinal d’Emile Zola, nourrissant à la pelle des machines pantagruéliques dans les soubassements de bateaux. Quel est alors le charbon que je sors de ma cheminée sans autre effort que le dépassement de ma paresse ?

Si tout le charbon provient initialement du bois, il existe bien deux types de charbon, pour deux types de cendres. Le charbon de mon imaginaire est minéral, fruit d’un long processus terrestre d’amalgame et de transformation, vieux de milliards d’années et devenu, dans ce repos éternel, « pierre parmi les pierres ». Le charbon de bois est, quant à lui, le simple fruit d’une transformation par cuisson, dont fait partie la combustion de ma cheminée. La cendre du premier contient des métaux lourds et doit être traitée avec soin. La deuxième peut simplement finir dans mon jardin. Si une famille comme la mienne se chauffe presque exclusivement à bois, comprendre comment l’utiliser est une question de survie.

Selon une logique précédemment énoncée, toute la matière provenant de la nature peut retourner à la nature, et il en va de même pour la cendre. Comment et quand utiliser la cendre est une science dont je commence à apprécier les subtilités. La cendre peut être épandue sur les plantes et la pelouse, en petites quantités, car elle est riche en calcium dont de nombreuses plantes ont besoin. Les plantes qui vivent en terre acide (déjà riche en calcaire) ne doivent pas en recevoir -c’est le cas des azalées et des rhododendrons-. Elles sont en outre une barrière très efficace contre les limaces. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, comment faire avec la cendre brûlante et pleine de tisons qui sort de ma cheminée d’hiver, si je dois attendre le printemps pour l’utiliser ? Sans me brûler –c’est trop tard- je peux l’entreposer dans des barils le long de ma maison et ainsi faire ressembler mon habitation à un port qui accumule des déchets nucléaires. Il est aussi possible de l’ajouter au compost, veillant qu’aucun tison de fasse prendre feu au tas. Finalement pourquoi ne pas dissimuler des monticules qui refroidissent à travers mon jardin, telles des fourmilières ? Une fois les cendres froides, il ne faudra pas oublier de les tamiser avant de les utiliser.

Le processus en vaut-il la peine ? Les femmes des siècles derniers et les « écolos » des temps modernes ont apprécié cette manne du feu, utile dans le nettoyage domestique, comme lessive du linge et savon abrasif pour surfaces. Si je m’arrête au premier danger et à ma paresse, je perdrai l’occasion rare d’utiliser un seul produit dans tous les lieux de mon habitation, du jardin à la salle de bain.

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽmagazine

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