Horreur dans la cabane

Dans le sang, les hurlements, et les tremblements, les films d’horreur « slasher » des années 80 et 90 ont fasciné mon adolescence. Je tremblais et me couvrais à moitié les yeux devant divers monstres armés de haches, machettes, tronçonneuses et taille-haies. Depuis, ils habitent l’imaginaire collectif et ils ont marqué le mien pour de bon.

Ils ont l’air à priori bien insignifiants ces différents objets alors que j’aborde l’annuel nettoyage de ma cabane de jardin. La porte grince, et l’odeur qui m’entoure est un mélange de térébenthine pour machines, de moisissure et de vielle poussière. Le sol recouvert de terre séchée porte à ma mémoire l’intense activité estivale, et laisse entrevoir un futur fertile. Les insectes grouillent et s’échappent des pots cassés que j’entasse, à la recherche d’ordre et de cohérence. Enfin mon œil s’arrête sur les armes dociles pendues au mur. Ensommeillées, elles attendent leur traitement hivernal. J’aurais dû, diligente, les nettoyer après chaque utilisation. Puisque ce n’est, bien sûr, pas le cas, j’attaque la faux, puis la bêche et ainsi de suite, en les lavant et brossant la rouille (on utilise du bon savon puis une brosse au poil de fer). Le moment est venu de les rendre sanguinaires. Après les avoir solidement attachées à une table, tel le pirate qui affute son sabre, je passe une pierre à aiguiser sur les lames. Voici que je me coupe en testant la qualité de mon travail. Ensuite, je passe au contrôle des robots de jardin. La massive tronçonneuse repose sur la table, victorieuse de bois insoumis. Manier une tronçonneuse est en soi une expérience grisante de puissance. Je dois contrôler la chaîne, l’huiler ou la changer. Il faut aussi vider le réservoir d’essence car cette dernière s’évapore facilement et devient inutilisable en une saison. Cette opération est répétée avec la tondeuse sous laquelle s’est accumulée une quantité bientôt décomposée d’herbe. Alors que je soulève l’appareil et aperçois la grande lame circulaire, mon mari hurle et me rappelle d’enlever la bougie de contact. Ce petit câble, situé sur le côté du moteur évite tout démarrage inopportun alors que mes mains nettoient le métal. Enfin, je lève les yeux et range les granules toxiques anti-limaces, fascinantes comme des bonbons bleus. Le travail terminé je suis encore vivante.

La cabane à outils est décidément le lieu de toutes les horreurs. Les instruments à l’usage de massacres (au figuré comme au propre, c’est le cas du Rwanda), les machines au tranchant définitif et les poisons à l’effet radical habitent ce lieu  facile d’accès. Ils sont gentiment tapis, surveillés par des nains de jardins décoratifs et des fleurs à la beauté parfaite. Les films d’horreur nous rappellent que la distance est pourtant vite franchie entre nettoyage et accident, entre normalité et folie, entre paisible fête et horreur indicible. Là réside le salaire de la peur.

si cela vous amuse (et que vous n’avez pas l’âme sensible) voici la liste des 10 meilleurs morts de film d’horreur par instrument de jardin: 

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽmagazine

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