Le béton c’est de la tarte

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Par une belle journée de janvier, armée de mon seul aplomb, j’aborde le vendeur débonnaire du magasin brico loisirs. «Monsieur, j’aimerais réparer les murs de mon jardin. Comment je fais pour la maçonnerie?» Il sourit et me dévisage: «Pas de problèmes, ma p’tite dame, je vous montre le rayon». Arrivée devant les sacs de gravier, de ciment et de sable, je pose la question qui trotte dans ma tête depuis toujours et que j’ai toujours redoutée de peur de passer pour une bécasse:  «Quelle est la différence entre le ciment et le béton?». Et là, ça ne manque pas: «Il n’y a pas un homme pour faire ce travail à votre place, Madame?». Pourtant c’est mon jardin et, d’après l’agenda du jardinier, janvier est le mois de la réparation des structures du jardin. Rien ne m’arrêtera.

Le ciment est un matériau magique. Il existe, sous des formes diverses, de- puis l’Antiquité romaine. Mélange de chaux, de tuiles concassées et d’argile, il a la propriété étonnante de durcir en quelques jours et de résister à l’eau. Associé à du sable, il devient du mortier. Associé à du gros gravier, il devient du béton. Le vendeur m’explique que si je veux recoller les pierres d’un mur, il me faut du mortier, plus fin, alors que pour un chemin il me faut du béton, plus gros et plus résistant. Je choisis le mortier. Hélas, je ne suis pas au bout de mes peines. L’infinie variété des sacs me rappelle mon embarras devant les farines au supermarché: dois-je prendre une farine simple et faire moi-même mon mélange à pain ou acheter le paquet tout-en-un au- quel on n’ajoute que l’eau? Je cède à la facilité. Compact comme les paquets de 10 litres de lait, le sac semble peser une demi-tonne (en fait, 25kg). Jouant ma dignité sous le regard ironique du vendeur, je le hisse sur mon chariot. L’unique instrument qu’il me faudra pour l’appliquer est une truelle, qui me rassure par sa ressemblance avec la pelle à tarte. Voici venu le temps de maçonner.

J’ai regardé des vidéos sur youtube, il fait beau et plutôt doux. On maçonne quand il ne pleut pas, afin que le mortier ne disparaisse pas avec son sable, et quand il ne risque pas de geler pendant le processus de séchage. Le mélange avec l’eau vise à obtenir la consistance du birchermüesli. Avec ma pelle à tarte, je ramasse un peu de masse et je l’étale sur mon muret préparé, humidifié et brossé. Le geste est celui du glaçage sur les gâteaux. Je replace les pierres et le tour est joué. Le doute du vendeur étant contagieux, je retourne vérifier dans les jours qui suivent. Mais rien ne bouge. Comment décrire la gratification de la tâche bien faite, réalisée de ses propres mains à la sueur de son front? Comme après avoir pétri et enfourné mon pain, je suis blanchie (mais par la chaux) et tremblante d’effort. Mais j’ai compris que si je suis capable de faire mon pain je peux tout faire.

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽde janvier 2014

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