Une carnivore à mon chevet

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Ce pourrait être le scénario d’un film d’horreur dans la forêt tropicale: un explorateur vêtu de beige, armé d’un lasso, est fasciné par une plante aux formes sublimes. Il s’approche et, le temps d’un dernier souffle, est happé vivant. Les images sanglantes de plantes garnies de grandes bouches aux dents horriblement pointues habitent l’imaginaire collectif. Dès lors, quel ne fut pas mon étonnement lors de ma rencontre avec la délicate dionée (Dionaea Muscipula), appelée aussi Vénus attrape-mouche. Cette Vénus a deux visages, l’un sublime et parfumé, l’autre létal et carnivore. Darwin la baptisa ainsi, la considérant comme «une des plantes les plus merveilleuses au monde». Au premier abord pourtant, elle n’a rien de particulier. Cette petite plante de 20 cm de diamètre, qui ne pousse na- turellement qu’aux Etats-Unis, est composée de deux types de feuilles. Les plus fines sont banales: elles permettent la photosynthèse, donc la transformation des rayons du soleil en énergie. Les autres forment des bouches terminées par des pointes et habitées par des senseurs. Tels les becs des oi- sillons, elles attendent, ouvertes, l’arrivée des insectes ou des araignées.
Cette particularité carnivore qui trouble notre vision bien différenciée des ordres de la nature est un mécanisme de survie. La dionée compense la pauvreté de sa terre natale de Caroline en se nourrissant de petits insectes (et de quelques petits batraciens malchanceux). Les petites bouches émettent une odeur qui attire la proie. Lorsque l’insecte se pose et touche à deux reprises un des poils, la bouche se referme en moins d’une seconde. On sait aujourd’hui que les poils en- voient une décharge électrique qui provoque la fermeture du piège. Après dix jours, la bouche s’ouvre et la carcasse vide de l’insecte est libérée. La chair de l’insecte, elle, est devenue une «soupe nutritive» sous l’impact des acides de la plante et elle a été absorbée par les bouches feuilles. Malgré son origine lointaine, il est fa- cile d’accueillir Dionaea à la maison. Une fenêtre en plein soleil, un endroit plus frais pour l’hiver, des mouches qu’elle attrape de manière autonome et de l’eau de pluie dans sa soucoupe. Il ne lui faut ni engrais (puisque les mouche fournissent les aliments) ni terre riche ni eau du robinet. Elle s’adapte partout.

Comme l’araignée, je suis attirée par cette plante qui habite mon bord de fenêtre. Ses bouches me questionnent. Elle réagit à son environnement rapidement, comme un être humain, et mange de la «viande», ce que seules font des espèces du règne animal. Et la séduction de Vénus fait perdre à ses proies leurs moyens, ce qui ajoute à la complexité du mélange des règnes (elle est anthropomorphe) et explique peut-être les images troublantes qui sommeillent au fond de mon inconscient. 

article publié dans llogo-Echo-ombrŽde février 2014

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