Des plantes et des robots

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Il existe des codes dans la science-fiction qu’il fait bon de respecter. Le monde du futur sera en effet composé de fils, des processeurs, des robots. Il ne sera pas compatible avec le monde « naturel » des plantes et du cycle éternel des saisons. Tous les classiques du genre en font leur pâture : nature corrompue, hommes -robots, terre infertile d’un monde apocalyptique. C’est pourtant au détour d’une flânerie de shopping que j’ai vu le concept qui désire rompre avec la dichotomie nature-technologie.

Des plantes poussaient effectivement à côté du nouveau robot aspirateur et de la nouvelle cuiseuse vapeur automatique. Le fait était suffisamment étonnant pour que je m’approche. Le basilic était bien frais. Il poussait dans une barquette au contours futuristes, aux lignes de lisse plastique 2.0. Couronné par des mini-lampadaires de lumière bleue, il arborait fièrement son nom : Le véritable. J’étais devant « un potager connecté » et présentait son concept : une mini culture hors-sol, des bacs accueillant des « capsules » (appelés lingots) de terre compactée pré-enrichie et déjà pleine de graines, des leds qui s’adaptent à la lumière du jour et chauffent les graines pour stimuler la pousse. C’est ainsi que Véritable est arrivé chez moi et j’ai branché mon nouveau potager ; le câble au réseau électrique, J’ai ajouté de l’eau, lu le mode d’emploi pour réapprendre à faire pousser des graines en toute simplicité, m’évitant véritablement de me salir les mains et permettant en vérité de ne plus penser à rien. Le concept, qui n’a, en soi, rien de robotique, se dit « 100% local et made in France » ainsi que « 100% bio » et arbore les logos des nombreux prix qu’il a gagné. Il nait d’une idée intéressante : l’hydroponie. Des chercheurs avaient imaginé des potagers suspendus le long des fenêtres des appartements de grandes villes pour que, même là, sans balcons, l’homme du futur puisse être autonome en nourriture. Les plantes se nourriraient hors sol de l’eau qui transiterait en circuit fermé d’un pot à l’eau et vivraient de la lumière du jour. L’hydroponie fait son chemin mais pose, comme on peut l’imaginer, beaucoup de questions et l’image de « hors-sol » retrousse le nez. En attendant Véritable et ses 16 heures de lumière bleue trop puissante trône sur mon meuble sous l’œil expert de mon fils amateur de gadgets. L’un des quatre lingots de terre a réussi à développer de la mousse par excès d’eau et les graines n’ont pas germé. La nature inconsistante de la nature a repris ses droits et j’en suis presque rassurée.

Véritable pose une question : le potager a-t-il comme finalité de nous nourrir ou de nous éduquer à l’essence de la nature ? L’effort physique, la salissure sont-ils le prérequis nécessaire et la production simple surabondance d’une nature qui se donne ? Si la science-fiction est la corruption du rapport à la nature, alors nous sommes déjà dans ce futur.

Plus d’infos sur https://www.veritable-potager.fr/

Article publié dans l’Echo Magazine

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