L’art du faux naturel

pour Cosima…
Pour les am
ateurs de Jane Austen, de paradis perdus et de poésie naturelle

Regarder un film d’Alfred Hitchcock est parfois déprimant: en effet, les nombreuses inventions qu’il a amenées au cinéma ont été depuis si souvent utilisées qu’elles en sont devenues banales. Comment reconnaître et comprendre un grand artiste quand il a si profondément influencé la culture que tout en est pénétré? C’est le cas en particulier de l’art des jardins de Lancelot Brown, inventeur du jardin à l’anglaise, dont on fête le 300e anniversaire. Mais de quoi parle-t-on? Du jardin bucolique où des moutons broutent à proximité de grands châteaux aux petits ponts dans la Comté des Hobbits du Seigneur des anneaux, le jardin à l’anglaise est désormais partout. Il décrit surtout un rapport à la nature et un renversement de paradigme. Né dans une Angleterre formelle et en cours de restauration (après une grande guerre civile), Lancelot Brown rompit avec tous les codes du jardin géométrique (cf. article sur Le Nôtre). Reconnaissant la beauté dans la
nature à son plus simple, Lancelot « Capability » Brown (connu sous ce nom, car il disait à ses clients que leurs propriétés avaient de «belles possiimg_9142bilités») entreprit de l’arranger pour lui donner un aspect construit de faux naturel. Il dégagea les vues sur les monuments, valorisa les vallonnements, construisit des ponts mélancoliques et dévia des cours d’eau pour les rendre plus poétiques. Forêts et petits lacs furent ainsi mis en relief comme autant de personnages de romans.
Brown est l’homme du «regard qui suit les lignes du paysage». On dit qu’il déplaçait des villages entiers qui gênaient les vues qu’il avait imaginées. Oui, il avait ce pouvoir. Il s’éleva vite dans les rangs des grands jardiniers de l’époque et devint le jardinier officiel de toute l’aristocratie et du roi Georges III (un peu comme si aujourd’hui tout un parti politique avait le même jardinier). Il remania plus de 250 jardins de plus de 500 hectares. Précurseur du land art, il fut ingénieur, jardinier et artiste. Si tous les parcs qui contiennent des massifs de grands arbres sensibles qui bougent au vent (le saule pleureur qui se penche sur le petit plan d’eau est son idée) naissent de sa vision, il fallut des décennies et des milliers de travailleurs pour déplacer, construire, séparer et valoriser. A sa façon, il modifia directement ou indirectement tout le paysage anglais, lui donnant son aspect de parc propre et méticuleux, mais mystérieux et théâtral. Les historiens disent que le travail de Lancelot Brown s’élève au rang de grand art. Comme la peinture de la Renaissance italienne a influencé le monde de la peinture, nous pouvons dire qu’il y a un monde du paysage avant et après « Capability »Brown. On sait très peu de choses sur sa vie, mais comme les arbres centenaires qui sont aujourd’hui dans la beauté qu’il avait imaginée, il s’efface en perdurant dans les lignes sinueuses du parc du temps.

 

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