le monde des abeilles P1

Imaginez un monde derrière notre monde, un lieu où l’on n’arrive que par une porte dérobée, un couloir magique, une armoire à double fond. Comme dans toutes les histoires, on passe de l’autre côté et le temps se suspend. Les règles y sont différentes et l’on y est étranger, sous-équipé, différent. J’étais cette étrangère, franchissant le grillage de l’ancienne ligne de chemin de fer de Fribourg, bande d’herbe abandonnée en pleine ville, et marchant à la rencontre du peuple qui l’habitait : des abeilles.

Ma jupe et mes sandales avaient fait rire mon ami apiculteur. « Ne sais-tu pas où on va ? » m’avait-t-il dit. Il n’y a pas de monde magique sans son héros, l’homme qui connaît les codes du lieu secret et en parle le langage. Equipé de grands sacs, il me guidait à travers les hautes herbes. Du sentier je reconnaissais les bâtiments mais la vie semblait lointaine et étouffée. Et soudain elles étaient là, grouillantes et voraces, inconscientes encore de notre présence. Mon ami me donnait les indications en m’équipant : une grande veste blanche, un chapeau à large bords, un grillage de protection et de grands gants. Ses gestes étaient sûrs, les informations claires. A mesure qu’il contrôlait des orifices dans ma combinaison, l’adrénaline bloquait ma rationalité. « Il faut accoster les abeilles de biais, pour laisser libre l’entrée de la ruche » me dit-il. Prisonnière de mon scaphandre de tissus je m’approchai, n’entendant que ma respiration. Leur lieu d’habitation ressemblait à d’étranges legos de bois superposés. Mon héros expliqua le fonctionnement de cette société différente. Les abeilles élisent une reine qu’elles gardent précieusement et suivent. Cette reine (une abeille comme les autres, gavée de gelée royale pour devenir différente) pond les œufs et le reste des abeilles (les ouvrières) fabriquent du miel pour nourrir les larves. La partie inférieure de la ruche est dédiée à cette activité de reproduction et gavage (le corps de la ruche). Quand une colonie fonctionne bien, elle grandit, produisant alors du miel en abondance. L’apiculteur rajoute alors des cubes de lego au-dessus de la colonie (des hausses) et les abeilles y stockent le miel. Alors qu’il soulevait le toit pour en contrôler le contenu, je me penchai. A l’intérieur de chaque cube de lego, composé de lattes d’alvéoles (les cadres) un monde marron et poilu pullulait au travail. Mes gestes ralentis, ma vision limitée je me sentais vulnérable et les petites bêtes avaient senti ma présence.

Mon ami imperturbable commençait son travail : ouvrir les ruches, regarder et prendre des décisions. Ruche malade ou en sous activité, quantité de miel produit, abeilles qui ont faim : tant de différentes situations qui demandent des décisions rapides. Je le regardais ébahie : voyait-il les abeilles fâchées tournoyer autour de lui ?

La suite est dans le prochain épisode

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