Les plantes des vacances

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D’étranges plantes poussent sur le chemin des dunes qui mènent à l’océan. Tout est cliché et pourtant vrai ; le ciel changeant, le vent salé qui me fait désirer un coiffeur, la marée fascinante qui change le rythme de mon corps, et les petits chemins, qui me mènent toujours quelque part. Dans les joyeux chemins de vacances, les plantes sont le premier choc dépaysant. Ainsi le temps s’arrête.

Les plantes sont filles du climat qui les enfante. Le climat océanique (hivers légers, grande humidité, étés frais) est propre aux côtes Atlantiques, et en particulier celui de mon aimée Bretagne. Là poussent des plantes que je connais déjà, mais sous une toute autre lumière : hortensias si bleus qu’ils en sont presque noirs, roses trémières immenses, glycines centenaires, et agapanthes royales. Les plantes poussent au bord des églises et des ports, dans les jardins luxuriants, et luttent contre le sable pour l’espace. Je désire ramener un peu de Bretagne chez moi pour figer éternellement cet exotisme, et la promesse de cette odeur de large ne coûte que quelques euros. Telle la touriste qui entre au souk pour acheter un tapis dont elle questionnera le choix, je me rends dans une jardinerie locale. Le choc est direct : plantes moins chères et moins mises en valeur et service très limité. Le jardinage n’est pas ici un passe-temps luxueux, mais plutôt une nécessité de dominer la nature rampante d’un climat trop fertile.

Acheter une plante à l’étranger pour la ramener chez soi pose un ensemble de questions pour lesquelles je ne suis pas prête.  La plante est-elle comparable à un narghilé inanimé qui voyage et une fois arrivés, décore ridiculement le salon ? La plante n’est-elle pas plutôt semblable au lézard exotique, si ravissant que l’on en oublie qu’il est probablement porteur de maladies ? Combien faut-il de subterfuges pour reproduire les conditions qui permettront à un hortensia planté en Suisse d’être indigo ? Et qu’en est-il de l’agapanthe ? En Suisse on ne voit ces fleurs que dans des vases, ornant les chemins des jardins publics. Si cette plante peut survivre l’hiver doux du climat océanique, cette chose serait impossible en Romandie où la température descend au-dessous de moins 10. Dans la jardinerie, devant le vendeur désagréable et trop sûr de lui, je renonce à ma quête, nostalgique.

J’ai en effet pris conscience de l’équilibre miraculeux de terre, eau, vent et soleil qui transforme une même plante, si banale, si connue dans nos contrées, en une explosion de diversité odorante et lumineuse. Je peux importer dans le fond de ma valise des dizaines de petits rhizomes d’agapanthe (petites racines), dans l’espoir de revivre à travers leur éclosion, un peu des vacances. Mais cela ne se produira jamais. Le moment est venu de reprendre le sentier connu du quotidien et regarder les plantes banales mais non moins miraculeuses qui le bordent.

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽmagazine

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