Des cris au jardin

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« Au nom des fleurs, des champs, des étoiles dans le ciel, des ruisseaux qui courent jusqu’à la mer et du mystère qui donne vie à toutes ces merveilles, je vous déclare solennellement souris et femme ». Ainsi Jill Barklem décrit le mariage de Poppy et Dusty, souris laitière et meunière du Bois-aux-Roses. Je demandais de lire le livre, Les souris des Quatre Saisons, tous les soirs quand j’avais 5 ans. Ce livre est sûrement la base de mon rapport romantique avec la nature. Il est désormais scotché et recollé, et je propose à mes enfants cette expérience, sûre qu’ils succomberont au charme et me traineront dehors à la recherche des plantes découvertes dans le livre.

Ils froncent le sourcil ; des jupes, des pots, des feuilles et des fleurs de tout type, peints à l’aquarelle, rien ne leur parle. Ils ont 5 ans, 7 ans, 9 ans, 13 et 15 ans et rusés, ils savent que je vais les amener au potager. Alors que nous mettons les bottes de pluie (dont le but est simplement d’éviter des bassines de linge supplémentaire), un enfant s’est déjà caché. Une demi-heure est passée avant que nous soyons dehors et que tout le monde ait enfilé une paire de gants symétriques et de bonne taille. En chemin vers le potager, ma fille de 5 ans, urbaine, hurle de peur à la vision des limaces. Je ressemble désormais à un éléphant en sueur, un enfant dans le dos et un chargement de graines et de boissons devant moi. Ma fille de quinze ans connait le travail, n’y trouve aucune poésie, prend en main la bêche et mets ses écouteurs sur les oreilles. Mais où est donc passé le désir d’écouter le bruit des cigales ? Je connais les règles du travail avec les enfants : des consignes claires, un matériel adapté, un temps de travail court et une énorme quantité de patience. S’ils ne semblent jamais étonnés par les taches sur leurs habits, la terre creusée qui infiltre leurs ongles les dégoute profondément. Désireux de bien faire, ils doivent apprendre les gestes de base : où mettre les pieds, planter délicatement, respecter les outils, tout ranger et finir le travail. Combien de valeurs aussi, sont intégrées dans ces tâches simples et répétées, infiniment. Après quinze minutes, je lève les yeux, distraite par le bruit. Les garçons jouent à l’escrime avec le râteau et la faucille. Apeurée je me précipite et écrase les parterres plantés par ma fille de 13 ans qui hurle. Ainsi se termine l’expérience de découverte poétique de la nature, dans les pleurs, la fessée et le flegme adolescent.

Le soir ils me retrouvent devant le livre. « C’était la fin de ces jolies fleurs, mais ici, cachée au milieu des herbes hautes et des fougères, des roses sauvages et du chèvrefeuille, se trouvait la chaumière qu’ils avaient choisi d’habiter tous les deux. C’était le lieu idéal pour une lune de miel ».  Un jour la mémoire de cette poésie les appellera dehors.

le livre « les petites souris des quatre saisons » de Jill Barklem est disponible chez Payot 

Article publié dans l’logo-Echo-ombrŽ magazine

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