Les fleurs des cathédrales

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L’architecture contemporaine a essayé de bien des manières d’intégrer le jardin dans l’espace construit. Alvar Aalto, maître finlandais des maisons en sapin y est presque parvenu ; espaces semi- ouverts, poutres de traverses miroir des forets externes, matériaux issus de la nature. Personne cependant n’a surpassé les maîtres bâtisseurs des cathédrales romanes et gothiques du Moyen-Âge.

Dans l’odeur transparente d’encens refroidi, mes yeux s’accoutument avec difficulté à la pénombre. J’entre dans une forteresse de pierre dont je crois connaître tous les codes. Les bâtisseurs voulaient que je vive l’émotion et la surprise devant la géométrique répétition des colonnes, troncs linéaires d’une forêt. Ils voulaient que je lève les yeux vers les branches, nervures des ogives qui s’élancent vers le ciel. La lumière passe à travers les branches et illumine par taches le sol. Mes sens en éveil, je suis bien en pleine nature. Je marche le long des allées et reconnais les plantes qui ont été mises sur mon chemin, comme autant de codes. Je vois les feuilles profondément découpées d’acanthe sur chapiteaux romans, symbole de victoire et pont historique entre l’ancien ordre romain et le nouveau monde chrétien. Les structures sont tantôt recouvertes des plantes utiles à la vie quotidienne (feuilles de houblon -fondamentales dans la production de la bière-) tantôt décorées de plantes symbolique (le fraisier symbole d’humilité puisque la fraise se cache et rougit). Enfin comme l’a fait notre architecte finlandais par la suite, je reconnais des plantes que j’ai croisées avant de rentrer dans le bâtiment. Ainsi la cathédrale de Notre Dame se situe sur une île et je retrouve des nénuphars vus dans les coins paisibles du bord de l’eau, sculptés dans le bâtiment. De fois en fois, je reconnais les campanules, les fougères, les noyers, les lierres. Les plantes se touchent et se rencontrent, grimpent et recouvrent les piliers. Elles sont dans les formes des fenêtres, dans les couleurs des vitraux, dans les sculptures qui attirent mon regard. La nature est là toute entière, figée dans la pierre, pour l’éternité à l’apogée de sa beauté.

Dans la sagesse des tailleurs de pierre et des bâtisseurs de cathédrales, je reconnais le réalisme d’hommes conscients que la nature représente tous les aspects de la vie de l’homme : histoire, travail, environnement, relations et avant tout, désir immense de beauté. Pourtant c’est le Jardin d’Eden que les cathédrales de cette époque voulaient symboliser, un paradis sur terre, et dans l’eucharistie, la rencontre avec le nouvel Adam. Quel réconfort ! Non seulement ces grandes bâtisses sont les échelles entre moi et le ciel (la cathédrale Notre Dame ressemble bel et bien à une échelle) elles sont aussi l’outil pédagogique réconfortant qui me montre dans sa dans des minimes détails ce qui nous attend.

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