Le saule, ce super-heros

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Superman vole, Spiderman grimpe sur les murs, Elastic-girl s’allonge et le Professeur Xavier lit dans les
pensées: depuis 100 ans, les créateurs de bandes-dessinées s’évertuent à créer des héros qui nous dépassent et nous font rêver. Il y a pourtant des dons qu’aucun super-héros n’a jamais eu, dont celui de repousser, de se
multiplier, de guérir les autres. La réalité dépasse la fiction car le saule, lui, fait tout cela.
Mes pas ont souvent croisé les branches des saules, arbres mélancoliques, tendus vers le ciel, vers le sol, s’agrippant aux berges des rivières, assoiffés de terre, de boue et d’eau. Je n’y voyais que le symbole d’un temps passé, un arbre de mausolée. Avec son tempérament immortel, le saule a triomphé pourtant de mes réticences. A la recherche d’hormone de croissance pour mes boutures (technique manuelle de multiplication des plantes par simple enracinement dans la terre d’un bout d’une plante qui nous plaît), j’ai mis les mains sur la plus naturelle des hormones de croissance, à savoir l’eau de saule. Cet arbre est en effet capable d’une croissance très rapide, associée à un don pour le clonage. Un segment de n’importe quel type de saule mis en terre permet la création d’un nouvel arbre.

Lors d’une balade en bord de rivière j’ai donc découpé des morceaux de tige de saule (tous les saules font l’affaire). Sans les peler, je les ai mis à macérer quelques semaines dans de l’eau. Ce temps écoulé, la décoction qui enrobait les tiges, désormais racinaires, avait la consistance visqueuse du blanc d’oeuf. Cette matière, qui provient de l’écorce même du saule, est un dérivé de l’acide salicylique, ancêtre de l’aspirine. Cet acide répare, protège, corrige et rend fécond. S’il permet au saule de se régénérer une fois blessé, il favorise aussi la création de nouvelles racines et le protège contre les champignons et les bactéries. Les médecins du Moyen-Age avaient bien compris les propriétés de cet arbre et ils invitaient à en mâcher l’écorce pour soulager les maux de tête et la fièvre.

Si cet arbre aux feuilles en forme de plumes fascine par ses propriétés biochimiques, il est utilisé de bien d’autres manières. On le tresse pour faire des bordures de jardin ou des paniers (l’osier), il permet de lutter contre l’érosion en retenant le sol au bord des rivières. Il offre une biomasse intéressante, favorisant ainsi les énergies renouvelables. Enfin, par la rapidité de sa propagation, il contribue à la lutte contre la déforestation. Chaque époque crée ses héros. Si ceux du début du 20e siècle se battaient contre le communisme, les héros modernes sont avant tout des écologistes.

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