La richesse de la paille

Texture straw

Suite à leur départ de la maison familiale pour découvrir le grand monde, les trois petits cochons ont construit chacun leur maison; le premier en paille, le second en bois et le troisième en briques. Attiré par la viande délicate de la jeunesse, le loup qui passait par là n’a fait que souffler pour raser les maisons de paille et de bois. L’histoire diverge quant à la survie des acteurs, mais elle est unanime: on risque sa vie si on construit sa maison en paille.
Ce n’est pas ce que j’ai constaté au musée de l’habitat rural de Ballenberg qui expose, parmi ses maisons traditionnelles suisses, des chaumières – maisons à toit de chaume. En levant les yeux sous la structure du toit, j’ai observé les milliers de petits tuyaux vides qui la composaient. J’ai ainsi compris que la paille (en botanique synonyme de chaume) est vide et que c’est en sa mémoire que l’on a baptisé les pailles utilisées pour boire le coca-cola. Jusque-là, je confondais paille et foin, dans l’idée que tout ce qui se fauche se ressemble.Ce n’est pas le cas: le foin (l’herbe coupée et séchée) est de couleur verdâtre et a l’important rôle de nourrir les animaux. La paille relève d’un tout  autre registre.

A l’orée de l’automne, quand les moissonneurs rasent leurs céréales, on la ramasse, déchet noble de la culture du blé, de l’orge, du seigle et de l’avoine. Chacune de ces plantes produit une paille différente dans sa texture et sa taille et de moelle plus ou moins vide. Laissée sur le sol pour sécher, elle forme dans les champs de longs sillons épais et harmonieux. Elle est ensuite condensée en ballots ronds ou carrés.l’’histoire de l’homme est tressée à la culture des céréales productrices de paille. Il a, dès le début, placé sa maison à côté de son champ, et l’a recouverte des restes de sa production agricole. Il a vite compris les multiples attraits de cette fibre extraordinaire. Sa flexibilité permet le tressage de chapeaux (la vannerie), son vide intérieur lui permet d’isoler un sol qui doit être protégé du soleil (on appelle cela le paillage). Sa haute résistance à  l’eau permet enfin la construction des toits de chaume, qui ont orné la campagne suisse jusqu’au 19e siècle.
A toutes les époques, l’homme a travaillé la paille. On ne peut pas se débarrasser facilement de l’imaginaire collectif qui fait que «dormir sur la paille» implique ne pas avoir de logis. Et pourtant, alors que nous approchons dans le canton de Fribourg de la fête de la Bénichon (qui célèbre la fin des moissons), nous pouvons reconnaître que le doré de la paille est à l’image de la richesse de la terre. S’il y a de la paille, il y aura à manger.

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