L’ail c’est mathématique

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Je ne fronce le nez que lorsque je sens l’odeur de l’ail. Elle est, de toutes les plantes du potager, celle qui divise le plus, entre amateurs fous et détracteurs de la première heure. Si, en effet, certains disent qu’elle au- rait poussé pour la première fois sous les pieds du diable lorsque celui-ci fut chassé du jardin d’Eden, d’autres croient qu’elle éloigne les vampires. Bonne pour le corps et mauvaise pour l’haleine. Comment prendre position dans ce combat d’idées? Deux fois l’an, les férus plantent l’ail en terre peu profonde et bien drainée. Le moment étant venu, je décide de prendre définitivement position en l’accueillant dans mon potager. Les aulx sont des plantes herbacées composées d’une tête (le bulbe) divisée en caïlleux (ou gousses, leur nom vulgaire). Sous les têtes, on peut apercevoir des petits cheveux, leurs racines. C’est en plantant les caïlleux en terre, pointe de la gousse vers le ciel,
que l’on produit les futures têtes d’ail. Cette étonnante propriété de multiplication invite à une approche du jar- dinage bien précise qui me sortira du débat d’idées: les mathématiques!
Si chaque tête d’ail contient en moyenne 10 caïlleux, je peux calculer combien d’ail il me faudra planter pour subvenir aux besoins annuels de ma famille. J’estime en effet que nous utilisons 2 gousses d’ail par jour en moyenne (et je compte large), donc 700 gousses d’ail par année (soit 70 têtes). J’ai donc mis au point une formule mathématique pour planifier mon travail: multiplier la longueur des lignes (2,5 mètres) par le nombre de caïlleux par mètre (sachant qu’on peut planter 1 gousse chaque 10 cm). Je peux donc planter 25 caïlleux dans chaque ligne. Puisqu’il me faudra 70 têtes d’ail pour couvrir mes besoins annuels, je dois planter 4 lignes de 25 caïlleux (4 x 25 = 100). J’obtiens ainsi le chiffre nécessaire, avec une petite marge pour les erreurs de la nature et de ma main verte mais distraite. Et j’ai la réserve pour recommencer l’année prochaine. Je peux aussi calculer, sachant que les lignes doivent être séparées de 30 cm, combien de mètres carrés de potager devrait servir à ma culture d’ail. Mais si je devais entrer dans le monde des fanatiques, mon jardin entier ne suffirait pas à couvrir mes besoins annuels. Hippocrate disait que l’ail avait des propriétés anti-cancérigènes, Louis Pasteur aimait l’utiliser comme antiseptique et fongicide, et aujourd’hui, mes amis naturopathes en usent pour soigner à peu près tout. Si donc c’est une plante capable de tels miracles, il n’y en a qu’un seul que la mathématicienne et ail-sceptique que je suis reconnaisse: celui qui permet à l’ail de se multiplier comme du poisson et des pains. 

article publié dans l’logo-Echo-ombrŽde février 2014

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