Les tomates du Parrain

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C’est une des scènes finales du Parrain, le film culte de Francis Ford Coppola, sorti en 1972. Vito Corleone, le maffieux qui a survécu à la guerre de gangs et a construit un empire de corruption, meurt lors d’une partie de cachecache avec son petit fils, au milieu de ses tomates. Je me suis souvent demandé le sens de cette scène qui me faisait penser à un soufflé quand on ouvre le four trop tôt… juste une mauvaise fin. Maintenant, en fin de saison, quand mes plants de tomate dépérissent et que j’abdique devant les maladies, les champignons, l’eau (trop ou trop peu?), je la comprends un peu mieux. Pour tout jardinier passionné, il n’y a pas de potager sans tomates. Dans les jardineries, néophytes et connaisseurs se baladent à la fin de printemps au milieu de bébé-plants qui promettent de grandes choses. Ils les plantent joyeusement après les Saints de glace et espèrent le meilleur. Lorsqu’ils visitent les potagers de leurs amis, ils sourient et comparent la taille de leurs plants. Ils sont assez sûrs que pour eux ça ira mieux que pour les autres. Cette année, j’ai planté des tomates «Cœur de bœuf». A chaque petite graine mise en terre pour faire un plan ton, j’ai pensé: «Haha, à la Migros, elles coûteront 6 francs 80 le kilo.» Deux jours après avoir été plantées, le tiers de mes plantes étaient mortes. Cette année, le froid a frappé tard sur mon jardin comme sur le vôtre.

J’ai replanté, car je suis de nature positive. Et j’ai découvert qu’il y a des techniques à connaître et des erreurs à ne pas commettre. Par exemple, comment tailler les rejets, ces branches surnuméraires qui apparaissent le long de la tige, pour laisser passer la lumière et concentrer la force dans les fruits? J’ai appris et appliqué. Mais cela n’a pas suffi. On m’avait pré venu que les tomates n’aiment pas l’eau versée directement sur les feuil les, mais je trouvais laids les sacs poubelle qu’on enfile sur les supports. Je n’ai donc pas protégé mes tomates. J’ai coupé les tiges brunes et les feuilles sèches ou tachées. J’ai lutté comme au Moyen Âge contre la peste. Les premières toma tes sont apparues en août. Elles étaient simples et vertes et elles sont devenues extraordinairement grandes et rouges. Leur goût était juste parfait. Qui peut décrire la beauté d’une to mate mûre quand sa peau est sur le point de craquer? Mais sur 25 plants, j’ai eu peu de tomates. J’ai compris alors que les plants qui entourent la mort paisible du vieux Corleone symbolisent la réussite, la plénitude et l’opulence d’un homme aux origines simples. Mais si Vito Corleone a plié le monde à son désir, s’il a forgé un empire à coups de mitraillette, il a reçu ses tomates de la terre. Comme moi.

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